Climat

 

Au hasard d'une promenade déambulatoire à travers les faubourgs d'une ville insulaire, une maison s'est imposée d'emblée. De la rue ocre brune, après l'asphalte gris et mat du trottoir, on l'aperçoit en vue tronquée. Son architecture, d'une extrême simplicité,ne dévoile qu'un rez-de- chaussée et l'amorce d'un balcon à l'étage. Des angles d'ombres et des courants d'air défendent sans doute ses habitants de la férocité du soleil, qui vient s'écraser contre la façade. Les murs striés de lignes noires sont blancs et tous les volets ouverts sur l'extérieur. Derrière l'une des portes, on ne devine que la présence furtive d'un personnage figé dans la clarté d'un rayon oblique. Sur une autre, un rideau est venu masquer l'éventuelle incursion de regards indiscrets.

Anonyme et étrange maison: de plein pied, aux volumes nets et réguliers, elle s'est modelée avec souplesse aux lois qui règlent les changements de lumière. L'alternance des couleurs, la densité des tonalités obtenues par des effets de glacis, cernent ses contours, lui donnant un aspect à la fois minéral et sensuel. L'atmosphère rendue par les transparences, la facture lisse de la toile, mais aussi l'organisation spatiale de la composition, ne sont pas sans rappeler les peintures des maîtres hollandais du XVIIème siècle, et les clairs-obscurs de Vermeer. Le tableau, d'une rigueur technique évidente, révèle par ses éclairages un goût certain pour l'essence silencieuse des choses. Intemporel, il ne raconte pas une histoire. Il est là pour nous transmettre des sensations, et nous restituer un microcosme au climat feutré.

Cette maison, issue de la mémoire de l'artiste à la suite d'une expérience vécue et intériorisée, reconstruite, recomposée pour la circonstance, suscite l'émotion. Tout simplement parce qu'on y devine, derrière une apparente banalité, l'essentiel. A force d'oublier, d'éliminer les détails superflus, le paysage s'épure et devient l'objet d'un travail rigoureux d'abstraction, qui vise à une valorisation des volumes dans l'espace.

Résultat: une savante géométrie de lignes s'organise de manière à créer un équilibre. L'architecture de la maison, tout comme l'apparition du personnage anonyme, ne sont que des prétextes figuratifs servant à structurer la composition. Jean-Daniel Bouvard aime que toutes les choses soient à leur place. Ce lieu habité par l'absence, où tous les éléments sont tendus, nous invite à aller plus loin qu'un simple coup d'œil, pour en élucider le mystère.

 

Patricia Oranin ( A propos d'un tableau de Jean-Daniel Bouvard )

 

Trouble

 

Je reste « troublé » par cette absence de trouble que révèle votre peinture. Mais ce n’est là qu’apparence, comme n’est qu’apparence la quiétude qui envahit votre peinture. Certes, elle invite à goûter le plaisir des sens, à faire l’épreuve heureuse de la rencontre de la matière et de la lumière, mais cette impression laisse intact un sentiment plus fort encore qui est celui de l’effort, de la tension pour saisir ce qui du monde fait accord (…)

Il me plaît à penser que ces hommes que vous représentez, dans l’abandon du sommeil, dans la tension de la contemplation ou même dans la vacuité de leur errance, ne sont rien d’autre que des images en abîme de votre rapport au monde (…)

Cette peinture me hante comme me hante le travail de Saenredam, celui de Hammershoi, ceux de Hopper ou de Thomas Jones (…), Il y a là un univers commun qui, par delà les différences, s’ impose comme étant celui de l’advenue du monde. Croyez bien que jamais je ne pourrai être indifférent à ceux qui comme vous, donne du monde une image aussi forte, aussi vibrante de vie là même où d’aucuns ne verraient qu’un repos, qu’un arrêt qui nous projetterait hors du temps.

 

M-V H (Extraits de lettre)

 

Intimacy

 

For most people, a palm tree, the ocean or a stone façade are simply objects that blend into the background of a busy day. For Jean-Daniel Bouvard, they are divine inspiration. With the simple stroke of a paintbrush, this French master can take an everyday scene and turn it into a magnificent journey. “The subject doesn’t matter,” he claims, “what does is light, shadow, mood, ambiance and imagining what is beyond the painting.”

Jean-Daniel Bouvard was born in 1957 in Saint-Etienne, France, where he spent most of his childhood. His talent and temperament were evident early on, when he developed a passion for drawing and painting as a young boy. He moved to Paris in 1976 and he pursued architectural studies until 1980. “My training in architecture provided me with a very strong understanding of space, the structure of a painting, and what to me is the most important thing—light. I learned about the laws of harmony, color and perspective, the combination of light and shadow to create moods.” It is a mood and place, which comprises the settings for his works. The ambiance or atmosphere not only compliments but also emphasizes a particular physical locale.

Today, Bouvards’ work is lauded by critics worldwide and draws numerous comparisons to the brilliance of American icon Edward Hopper, whom he considers a mentor. “I love the silent painters,” says Bouvard.

A quiet, gentle soul himself, Bouvards’ work is about the creation, not the topic—he depends on the subtle touch of the brush rather than boastful subjects that garner a particular acclaim in an of themselves. The gentle crest of a wave or the simple lines of a hidden doorway can contain a story more glorious than a view of the highest spires of Notre Dame. “I prefer to forget the actual topic at hand and seek inspiration from the laws of composition,” he explains.

Bouvards’ colors are subdued, muted and understated. His curvilinear and sentimental lines flow in a natural, almost holistic way. Be it a pristine vista of the sea or a corporeal construction of an everyday scene, his work is somewhat healing in its rendition the subject matter. Bouvard often paints squares to stress the limit of the painting and give more integrity to the subject. He also tends to paint interpretations of the sun and of the south, primarily because of the shadows, the strong lights, the heat, and the humidity of the air. “You can feel the atmosphere,” he says.

In addition, water is almost inevitably nearby. If the sea is not in the background, the viewer will feel its presence. His figures are often in the shadows or with their backs turned, creating a little mystery. This, says the artist, allows observers to sometimes recognize themselves in the picture: “I like to reveal certain things and hide others, to preserve intimacy.”

Indeed, Bouvard’s work reflects his way of life and the ideals his collectors hope to espouse—a quest for beauty, an attraction to simplicity and a passion for a gentle existence.

 

Préface ( Catalogue d'exposition:Galerie Axelle Fine Arts, New York )