« L’œuvre de Kurt MAIR nous entraîne dans un voyage émotionnel, elle parcourt les temps, les lieux et les sens.

Dans des compositions d’un classicisme teinté d’ironie et d’humour, elle visite, de Dürer à Schiele, toute l’histoire de la gravure du Nord.

L’artiste met en scène des objets, des corps, des femmes surtout, à la nudité crue, emplie de sensualité et d’érotisme.

La féminité, la beauté sont traitées avec infiniment de force, de violence, de rudesse parfois.

Les corps torturés par l’acide et le stylet sont projetés dans des paysages, des architectures, des couleurs qui rappellent la Toscane, toute la douceur et la délicatesse de l’Italie.

Et c’est cette dualité qui confère à l’œuvre de Kurt MAIR toute sa résonance.

L’artiste nous emmène jusqu’à la confusion de nos sentiments, de nos émotions. On se promène, comme sur le fil d’un rasoir, à mi chemin entre douceur et violence, entre pudeur et exubérance, entre amour et désarroi.

L’homme est mis à nu, dans sa chair et dans son âme, il devient le miroir de ses propres sentiments, de ses désirs et de ses craintes.

Les paysages émotionnels de Kurt MAIR nous renvoient dans un monde intérieur, vibrant, haletant, qui vacille entre doute et certitude, entre la vie et la mort ».

 

Alexandre Rolla

 

La Galerie Oranin accueille jusqu'au 30juin les travaux de Kurt Mair, artiste peintre et graveur. Des oeuvres puissantes, fines et légères à la profondeur intense, mais aussi truffées d'allusions aux grands maîtres européens du XVIIe siècle. C'est Rembrandt qui ouvre la porte de l'exposition. Le célèbre peintre est omniprésent sur les toiles, sorte de leitmotiv hommage et lien entre les différents tableaux. Il est souvent accompagné par Pulce, malicieuse chienne de Kurt Mair, qui glisse sa truffe au détour d'un cadre et invite au jeu. Le travail de Kurt Mair, même s'il se réfère aux techniques les plus académiques de l'art pictural, révèle une dualité entre rigueur du dessin aux courbes et lignes harmonieuses et ajouts de détails très contemporains qui lui confèrent une modernité paradoxale. Les nus aux corps semi-voilés ont des visages de madone au grain de peau velouté comme une joue de bébé et, devant eux, se pose délicatement une main blanche gravée et qui offre une tulipe. Le pays flamand n'est jamais loin. Des séries de gravures Plus loin c'est une gravure qui retient l'oeil, juxtaposition de thèmes évoquant Vélasquez et une corbeille de fruits. Réalisées avec trois plaques successives, les gravures, grâce au talent de l'artiste, redonnent toutes les couleurs de sa palette avec simplement trois nuances et du noir qui devient vecteur de teintes où se mêlent ombres et lumières. Plus loin encore, une autre série de gravures, baptisée Haiku, livre un travail largement inspiré des estampes érotiques japonaises sans jamais tomber dans la vulgarité. Elles n'évoquent que la beauté d'une relation charnelle entre une femme et un homme. On ne peut pas passer devant une toile ou une gravure de Kurt Mair sans s'en imprégner, s'y immerger afin de comprendre tous les détails qu'elle recèle. 

 

Le télégramme (10 juin 20012)