L'œil gris

 

Après une longue période académique d'une trentaine d'années, passée à Paris aux côtés du peintre Maryse Ducaire, à l'atelier Notre-Dame des Champs,  il troque ses pinceaux durant quelque temps pour le râteau et la bêche du jardiner de la fleur de l'âge. Dix années plus tard, en 2001, il reprend la route des peintres dans le pays bigouden où il est venu s'installer. Cette parenthèse, sans faire table rase du passé, est sans aucun doute le moteur indispensable à son nouveau désir de peindre autrement. Au contact direct de la nature  il découvre le sens profond de ce rapport élémentaire à la terre. Les heures passées dans le silence des plantes et des arbres ouvrent son regard sur un nouveau rapport aux choses. La patience et la rigueur du travail bien fait, l'humilité, dans son acceptation des lois naturelles, le renvoie à sa simple condition d'être au monde. Ce regard porté sur lui-même au cœur des nourritures terrestres vont créer le déclic d'une approche différente de la peinture. Il aborde le paysage avec la maturité et la sagesse d'un œil lavé de la simple représentation anecdotique qui confère trop souvent au sujet une image pittoresque et l'enferme dans un folklorisme local désuet.  Sa facture, allégée des empâtements et des effets trop abondants par le passé, s'éloigne progressivement de ce qui relevait auparavant du "pittoresque" pour gagner alors en fraîcheur et  raffinement et ne garder sur la toile que l'essentiel du réel.

Le dessin est toujours là, bien structuré, solide et sûr. Le chemin de la lumière circule avec plus de fluidité. Dépouillés de leur rigidité académique ses tableaux  deviennent le reflet d'une vérité acquise au fil d'une relation confidentielle entretenue dans la solitude du jardin. Loin des " trucs " et  "procédés de fabrication" post-modernes où seuls comptent  les effets de séduction et l'épate d'un savoir- faire démonstratif, l'artiste fait confiance à son regard qui  saisit avec justesse et simplicité d'une réalité du paysage  donnée à voir au travers du prisme de son " œil gris " selon sa propre expression.

 

JLG