Olivier Garros, cadreur

 

Ici tout n'est qu'ordre, cadrage, et rigueur de composition. Dans les photographies comme dans le logis aménagé façon minimaliste. Pourtant Olivier est un homme qui bout à l'intérieur d'une sensibilité vive, alimentée par un regard à trois cent soixante degrés sur le monde, les hommes et les femmes. Physiquement, c'est le Britt longiligne des Sept mercenaires incarné par James Coburn, la poussière sur la chemise de jean en mois.

La lame de Garros, c'est évidemment son Leica, et il se sert des bords du viseur collimaté comme d'un scalpel. Difficile d'imaginer reporter aussi soucieux des lignes, des formes, des surfaces et des mille jongleries que permet l'écrasement en deux dimensions et en noir et blanc de notre monde tridimensionnel coloré. Pour autant, l'humain, le social même, ne sont pas occultés, comme en témoigne son travail sur les manifestations en général et celles de 1995 en particulier. C'est aussi un portraitiste qui sait obtenir de ses modèles, surtout féminins, une présence d'une intensité émouvante jusqu'au trouble.

Garros a brillé aussi dans un exercice photographique peu pratiqué: l'illustration littéraire. Avec le Voyage en Espagnede Théophile Gautier et Le rendez-vous de Patmos de Michel Déon, il a donné deux exemples très réussis d'un genre trop rarement osé par les éditeurs littéraires de nos jours.

Reporter, photographe de studio, opérateur de cinéma avec plusieurs films à son actif, vidéaste, Olivier est un sobre qui ne vante pas sa marchandise. Totalement absent des mondanités de la sphère photographique, il trace sa ligne à l'écart. Elle est droite.

 

Guy Mandery ( Album public, Chronique et portraits, Ed. Hélio )