Une image possible du monde

 

" Lorsque je me mis au travail, vers 1963, nous n'étions pas encore assaillis d'images disparates, comme aujourd'hui. Cependant, une certaine nostalgie du beau métier me fit révérer les maîtres anciens. A partir d'une exigence ingénue de bien faire, de faire comme les grands, en quelque sorte, ma pratique m'a conduit à la recherche assidue, peut-être névrotique, d'une image possible, dont la qualité particulière serait d'abolir le temps imparti aux hommes sur cette terre l'espace d'une rêverie. Cette ambition absurde et démesurée fait de moi à la fois un ancien et un moderne laissant l'image se faire ou se défaire selon l'état d'esprit du jour, sans souci d'achèvement aucun. Se succèdent diverses possibilités d'image sur un même cuivre, dont témoignent des états toujours nombreux. Sur les fonds obtenus en contre-épreuve ( impression d'une épreuve fraîchement sortie de la presse sur un papier pour l'aquarelle ), je brode en couleurs d'autres paysages incertains, dans l'attente d'un je-ne-sais-quoi qui peut être la mort du monde, ou plutôt la fin de ma perception particulière de ce monde. "

 

Georges Rubel