Note de Jean Bazaine consacrée à Yvon Daniel

 

Mon amitié pour Yvon Daniel, mon intérêt pour le peintre, remontent à bien des années, au cours desquelles il ne s'est guère passé une saison d'été sans qu'il ne vint fidèlement à mon penty de Saint-Guénolé, me montrant l'évolution de son travail, s'intéressant au mien avec une justesse sans flatterie dont je lui étais reconnaissant.

 

J'étais moi-même sensible à la voie difficile qu'il avait choisie, et qui m'était proche, échappant à la tentation des modes, s'obstinant dans son effort pour élargir, approfondir ses rapports avec le monde, dans une transposition personnelle sans faiblesse.

 

C'est ainsi que j'ai pu voir son œuvre s'épanouir, s'enrichir, dans une force, une continuité inventives.

 

Jean Bazaine 25 juillet 1997

 

 

 

Yvon Daniel, un voyant

 

D'où vient-il ? Où va-t-il ? Qu'a-t-il lu ? Que doit-il à son enfance, à ses rencontres, à ses amours ? Peu importe.

 

Il est là, tout entier rassemblé, compact, devant sa toile qu'il percute de sa sauvagerie, empoignant et brassant à pleins bras les couleurs - noirs, rouges, jaunes, bleus - produisant des courants de haute tension entre les lignes de force entrecroisées superposées d'un dessin jailli d'une rage jubilatoire que seule la peinture peut momentanément apaiser. Méfions nous de sa bonhomie de bon vivant ! Il y a du Rimbaud dans cet homme paisible qui, à l'écoute de ses voix les plus enfouies, aux prises avec un volcanisme intérieur qui n'est que l'écho en lui de ces forces paniques toujours prêtes à se déchaîner dans la nature, sait lui aussi " les cieux crevant en éclairs, et les trombes et les ressacs et les courants" et a vu " des écroulements d'eau au milieu des bonaces". Sans doute, et heureusement, ne sait-il pas quand il peint, où il va...C'est qu'il porte en lui le savoir inconscient des instinctifs, de ceux qui sentent que le corps est la mesure de toute chose, et notamment de la peinture où il s'agit moins de donner du ou des sens que de restituer des rythmes, d'accéder à des équilibres entre les stridences des lignes convulsives et le silence des aplats jaunes ou blancs, entre les forêts profondes d'opacité et les clairières de lumière, entre le vertige d'un chaos tellurique et l'aspiration aux clartés de la spiritualité. Entre ce que Nietzche, en d'autres temps, a appelé le dyonisisme et l'apolinisme.

 

Pas étonnant que cette dialectique à l'œuvre dans la peinture d'Yvon Daniel entre la violence remontée des profondeurs et la sérénité recherchée l'ait conduit à réaliser les vitraux de la chapelle Saint Antoine à Guiscriff, où la lumière devient l'enjeu du combat entre les forces contradictoires qui habitent le peintre et le mettent en rapport avec la réalité du monde.

 

S'il en est le sujet, il est aussi le produit de sa peinture. Une peinture qui ne ruse pas, mais qui décide, qui affirme. Qui ne représente pas, mais qui paradoxalement peut apparaître comme la figure énigmatique d'un être qui, au delà des apparences concrètes - la mer, le vent, les arbres, le soleil, lea terre - qui le fascinent, a " vu quelquefois ce que l'homme a cru voir ".

 

Rien d'intellectuel dans le geste du peintre: seulement la puissante empreinte d'un homme acharné à rencontrer le monde en soi, à imposer sa propre présence, verticale et pugnace, avec la franchise de ceux qui, toujours en mouvement et en quête, nous disent aussi qu'ils demeureront toujours eux-mêmes. Qu'aucun trouble, qu'aucune difficulté ne les empêcheront de peindre. Autrement dit d'aller, au cous d'une intense conversation avec eux-mêmes et avec l'univers, vers la lumière et l'harmonie.

 

Yvon Daniel: un peintre dont on a besoin. Aujourd'hui.

 

Yves Moraud

 

 

 

Yvon Daniel: a clairvoyant

 

Where does he come from ? Where is he going to ? What has he read ? What belongs to his childhood, to the people he met ? To his romances ?

 

Anyway, here he is, entire, compact, in front of his canvas that he strikes with wild force, gripping and covering his paintings with colours - black, yelow, red, blue - thus creating streams of high tension between some lines of crossed force, covered with a drawing surging from a cheerful rage that the art of painting only can relieve.

 

Do not trust his cheerful appearance: there is a Rimbaud-like personality in this peaceful man who is always aware of the voices from beyond, attrated by an inner volcano which is the very echo of his deepest voices, of these mad voices and forces which are always about to unchain themselves.

 

In the nature as well, he knows the skies cracking with lightings, the ebb and flow of currents, and he has seen the flowing of water running down from the palm trees.

 

No doubt, and for our pleasure, he does not know where he is going to, where his painting is driving him to. Thhis is because he carries the unconscious knowledge of the elder ones, who know that the body is measure of everything. Thus, painting enables Yvon Daniel to give some rythm, to reach a balance, an equilibrium between the deep dark forests and the open ranges of light.

 

Yvon Daniel's art is a constant struggle between a violence from the abyss and serenity.

 

Translation by Serge Le Roy